La dame du bus

Il y a des rencontres éphémères qui passent sans laisser de traces et d’autres qui ne cesseront de vous faire sourire en y repensant.

Le matin, cet ennemi du quotidien

Vous savez à quel point c’est inhumain de se lever le matin en sachant pertinemment que la bataille est perdue d’avance ? Que vous aurez beau balancer le réveil à l’autre bout de la pièce, les minutes qui s’égrènent vous rappelleront irrémédiablement qu’il est temps de mettre en route ces réflexes qui vous tireront d’un doux sommeil. Je hais le matin et il me le rend bien. Ce corps-à-corps s’éternise sous la douche et même jusqu’au chemin vers l’arrêt de bus. J’ai beau lutté, je renonce rapidement et me plie à l’autorité de cet ennemi cruel.

Comme si elle m’attendait

Toujours dans le pâté, je me dirige comme une automate vers l’arrêt de bus. Contrairement à d’habitude, je vois une mamie assise sur le banc. Tiens, sa tête me dit vaguement quelque chose. Je l’ai certainement déjà croisée à une heure plus convenable de la journée. J’esquisse quelque chose qui, je l’espère, ressemble à un sourire chaleureux. La mamie me le rend volontiers et va même jusqu’à me lancer un bon « Gooooood Morrrrning ! » Je flanche devant autant d’énergie de si bon matin. Je farfouille dans mon porte-monnaie pour payer mon ticket de bus. Pour vous donner une idée, c’est un peu comme demandé à un mec bourré de réciter l’alphabet. Je fronce les sourcils devant l’effort herculéen pour compter ma petite monnaie. Adorable, la mamie me demande gentiment si j’ai besoin d’aide et si elle veut que je lui donne de la monnaie. Je décline poliment son offre et engage sans le vouloir la conversation.

Bla Bla Bus

Le trajet n’a duré que 25 minutes et j’aurai donné beaucoup pour qu’il dure encore un peu. Je revois ses grands yeux bleus maquillés discrètement s’agrandir devant le récit de notre vie autour du monde, ses lèvres fines avec du rouge à lèvres et son collier de perles autour du cou. Je me souviens de ses mains tachetées par la vie et le temps et son sourire si bienveillant. Cette mamie a été la touche de douceur dont j’avais besoin pour débuter joyeusement cette journée.

Cette mamie est née ici, dans le Queensland et n’y a jamais bougé. Elle adore la culture aborigène et particulièrement s’amuser avec les enfants. Elle fait partie de ces personnes qui admirent les baroudeurs qui osent affronter l’inconnu car elle admet sans honte être trop froussarde pour s’aventurer loin de chez elle. Elle compatit pour ma mère qui doit s’inquiéter de voir sa fille si loin de ses bras. Elle rit de bon cœur, parle avec ses mains et m’écoute avec affection. On se quitte en se souhaitant une excellente journée, je lui dis de prendre soin d’elle et elle me prend les mains en me disant de profiter de la vie.

A bientôt peut-être

Alors Madame, bien qu’il y ait peu de chances qu’un jour cet humble billet vous parvienne ou que quelqu’un d’aimable vous le traduise, sachez que j’attends notre prochaine rencontre avec hâte. Je suis certaine que le hasard nous réunira très bientôt devant cet arrêt du bus 901 qui passe tous les matins à 7h36. En tout cas, je l’espère. Et si la vie en décide autrement, sachez que le souvenir de notre rencontre siégera toujours sur ce banc.

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2 réflexions au sujet de « La dame du bus »

  1. Comme ton récit est touchant et je ressens que cette rencontre fut un pur moment de bien être.
    Tu as toujours la plume cette plume qui donne du plaisir à lire.
    Merci et gros bisous

  2. Oui complétément d’accord avec Nono. Ta rédaction est aussi enchantée que ton récit et ta belle rencontre avec cette mamie et je te vois bien avec elle échanger. Je suis sûr que vos chemin se croiseront encore… Il est là ton soleil matinal…. Ces rencontres ! Tu nous fait partager avec toi ces moments et ta lecture est toujours autant de plaisir que de régal. Merci chérie !

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