Réconciliation

Il a fallu du temps et beaucoup de patience pour apprivoiser le Vietnam. Après des années à se tourner autour sans se comprendre, je crois maintenant que nous nous acceptons enfin.

Deux étrangers

Je foule pour la première fois la terre de mes ancêtres mais un malaise étouffe mon enthousiasme. Je ne reconnais pas le pays du sourire que m’ont décrit les gens, je ne reconnais pas le pays de mes origines, en fait, je ne me reconnais en rien ici et ce constat me fait mal. Terriblement mal. Je pensais découvrir un pays chaleureux, rencontrer des Vietnamiens accueillants et bienveillants et je me heurte à un mur de désillusions. Ces trois mois à Hanoi me laissent un souvenir cuisant et meurtri. Je digère amèrement cette déception que je considère comme un échec dans mon souhait de renouer avec le pays de mes origines. Je repars le cœur lourd, les larmes aux yeux et surtout en colère contre ce peuple que je pensais connaître mais qui ne me comprend pas. La collision de deux mondes qu’un lien ténu reliait mais qui avaient encore besoin de temps pour s’apprécier.

Un pas vers l’autre

Rebondir après l’échec, combattre la douleur et tendre la main vers une seconde chance. C’est le défi que je m’étais mise en tête en repartant au Vietnam pour interroger des ethnies minoritaires dans les régions du nord. Beaucoup d’appréhension durant ce voyage et une lueur d’espoir qui pointe à l’horizon. J’apprends à redécouvrir ce pays, à passer outre certains de ses défauts et à me concentrer sur ses qualités. Je me sens mieux, la cicatrice laissée l’année passée s’estompe et me remettre en question m’aide à avancer. J’apprends à gérer le curseur de mes attentes, à accepter que tout ne soit pas parfait et appréciable pour autant. Le long chemin vers les réconciliations s’amorce, enfin. Je rencontre un Vietnam authentique, franc et soudé qui me plait.

S’aimer

Je peux enfin le dire. J’aime le Vietnam. Dans ce qu’il a de plus agaçant, de plus bordélique, de plus choquant mais aussi de plus beau, de plus convivial, de plus adorable. Trois ans après notre première rencontre volcanique, je suis heureuse d’être ici. Je savoure avec délice cette cuisine qui a bercé mon enfance, je m’amuse à reconnaître certains mots de cette langue de caractère, je croise des visages qui me rappellent ceux de ma famille, je reconnais par ici mon nez épaté et par là mes lèvres pulpeuses. Je me sens aujourd’hui en communion avec ce pays qui m’avait blessée mais que j’ai appris à apprécier dans tout ce qu’il avait à offrir, le pire comme le meilleur. Ça a pris du temps mais je suis si heureuse et émue d’être enfin réconciliée. C’était important d’être en phase avec cette partie de moi qui est à l’autre bout de la planète. Cảm ơn Viêt Nam !

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