Ave Maria

Le Transsibérien a été un véritable puits de rencontres, certaines furent furtives et timides, d’autres belles et poignantes. C’est le cas de la magnifique Maria.

La douce Maria

Je la revois encore, avec son visage de poupon et ses grands yeux de chats, le bleu translucide de ses iris et son franc sourire. Elle m’a fait rire avec son pantalon rayé orange et son T-shirt violet à paillettes Hello Kitty. Elle a cette beauté nordique qui m’intrigue et m’effraie à la fois. On ne partage pas la même langue ni la même culture, on ne sait rien l’une de l’autre et pourtant le courant passe de suite. Elle voyage avec son mari Alexei, un grand gaillard au regard froid, et ils rentrent chez eux à Chita après quelques jours passés chez sa famille.

Maria est curieuse de savoir comment je trouve son pays, si j’apprécie sa culture et sa nourriture. Je mime, je baragouine, je ris de nos malentendus et de son air interrogateur. Puis vient une longue conversation sur nos projets de vie, nos aspirations. Je ne sais pas pourquoi j’ai mis ce sujet sur le tapis, mais on a commencé à parler d’amour et d’engagement. Et c’est là que tout en douceur, un peu comme une caresse, j’ai reçu la plus grosse claque de ce voyage :

Manon, n’aie pas peur d’aimer. Il faut savoir prendre le risque d’aimer pour être heureux.

Il lui a fallu deux secondes pour ébranler la conviction que j’avais que l’amour est le plus beau et le plus terrifiant des sentiments. Ces mots résonnent encore à l’heure où j’écris ces lignes parce qu’ils étaient puissants, sincères et spontanés. Oui, elle a raison, certaines choses valent le coup d’être tentées. Il suffit peut-être de fermer les yeux, respirer un grand bol d’air frais et de dire « OUI » ?

La flippée de l’engagement

Si la maîtresse des flippées de la vie devait faire l’appel, je crierai haut et fort « Présente ! ». Mariage, enfants, maison, CDI, tous ces mots doux sont des synonymes de poids et de chaînes. Je suis de nature joueuse mais quand il s’agit de parier sur l’avenir, je préfère me cacher dans un trou. M’engager avec moi-même ? Aucun souci, je sais ce que je veux. Mais miser sur la réciprocité, les effets du temps, l’incertitude, la sécurité, là c’est trop m’en demander. En tout cas pour le moment. J’aime trop mon indépendance et l’euphorie que me procure ma chère liberté pour m’engager. Je crois que je n’obéis qu’à ce credo : Mange, Ris, Voyage. Je pense aussi que je suis trop lucide et un tantinet trop idéaliste :

Nico : Mais c’est quoi ta conception du mariage ?

Moi : Se marier, c’est jusqu’à la mort. Et comme on n’est sûr de rien, moi je voudrais me marier à 99 ans, au moins pas de mauvaises surprises !

Bref, j’ai peur des serpents ET de l’engagement mais pour ces deux phobies je me suis lancée le défi de les vaincre pendant ce tour du monde. Affaire à suivre…

Ps : Je n’ai malheureusement aucune photo de Maria, mais j’aime l’idée qu’elle reste gravée dans ma mémoire et que ces douces paroles ont fait leur chemin dans mon esprit.

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